L’agronome William Michel scrute à la loupe le support à l’agriculture –

Published On April 19, 2017 | By Ronald Patrice Donatien | Actualités

L’agronome William Michel a scruté à la loupe les initiatives de Jovenel Moïse dans le domaine de l’agriculture, plus de deux mois après son accession à la magistrature suprême de l’État. Selon lui, il n’y a rien de concret qu’il faut attendre de la caravane du changement que le chef de l’Etat entend lancer en mai prochain. L’agronome déplore que les initiatives du président vis-à-vis de l’ODVA aient été mal orientées. Il participait à la matinale de Magik9.

L’agronome William Michel n’a pas mis de gants pour passer en revue les premières initiatives de Jovenel Moïse dans l’agriculture, l’une des plaques tournantes de son mandat. Les premiers pas du président Moïse, selon lui, sont à mettre dans le sillage d’une tentative de satisfaire les aspirations des agriculteurs. « Lors de la campagne électorale, j’avais affiché mon désaccord avec Jovenel Moïse. Je n’ai pas cru en ses promesses sur l’agriculture. Je ne pensais pas qu’il aurait les moyens de sa politique. (…) Il doit forcément allouer les maigres ressources du pays à l’agriculture pour prouver à la population qu’il ne mentait pas », dit-t-il, assimilant la caravane du changement à une stratégie de communication politique de crise. « Il dit qu’il croit dans l’agriculture. Le printemps arrive mais rien n’est encore fait dans le Sud et la Grand’Anse affectés par l’ouragan Matthew, encore moins dans l’Artibonite. Le président doit avoir l’air de vouloir réaliser quelque chose », analyse-t-il.

L’agronome, citant des sources du ministère de l’Agriculture, indique que le président espère avoir, après des démarches auprès du ministre des Finances, 300 millions de gourdes pour la caravane, la campagne agricole et le grand Sud. Il souligne que ce montant représente peu quand les agriculteurs vont dépenser entre 30 et 40 milliards de gourdes lors des campagnes de printemps et d’hiver.

William Michel dit comprendre la démarche du président qui souhaite nettoyer les canaux d’irrigation de la vallée de l’Artibonite. Toutefois, il estime qu’en plus de l’eau, d’autres facteurs doivent être pris en compte pour faciliter la production dans le secteur agricole. « Le nettoyage des canaux est une revendication qui date depuis l’administration de Préval. Jovenel Moïse veut satisfaire cette première revendication quoiqu’il ne dispose pas d’assez d’argent pour ce travail (…). L’ODVA c’est environ 100 000 tonnes de riz pour tout le pays. Cette production n’a jamais augmenté en dépit des promesses d’améliorer cette structure. Les conditions économiques des agriculteurs ne sont pas améliorées afin qu’ils puissent augmenter leur production. On reste toujours à 450 000 tonnes de riz importés par année. En guise de nettoyer les canaux, il faut penser à augmenter la production du riz », fait-il savoir.

Sur les 17 millions de gourdes détournées au sein de l’organisation pour le développement de la vallée de l’Artibonite (ODVA), William Michel indique que cette structure n’existe plus depuis le départ de René Destin, de Jean André Victor et de Volny Paul. Il critique la gestion de ceux qui ont dirigé cette structure par la suite. Il dénonce une complicité de la Banque interaméricaine de développement (BID) avec le gouvernement haïtien et les employés du ministère de l’Agriculture visant à cacher le véritable problème de l’ODVA. « Pour ce faire, ils subtilisent l’argent reçu et le distribuent entre sénateurs et cadres de l’administration publique »,balance-t-il –

Par ailleurs, l’agronome William Michel déplore l’inactivité du ministère de l’agriculture qui, selon lui, ne travaille plus sur le terrain. « Tous les services sont fermés au niveau des départements et des directions générales. L’argent, une fois reçu, est vite redistribué au niveau du ministère. L’argent n’est pas alloué aux programmes de terrain », fait-t-il savoir. Dans la foulée, il pense que le président de la République a été mal informé sur la formation d’une commission composée d’anciens ministres et sénateurs devant l’aider dans la vallée de l’Artibonite. « La commission est formée des anciens ministres Jacques Thomas, Lionel Valbrun, de l’ancien sénateur Willy Jean-Baptiste, de l’ancien directeur Kénel Francisque, etc. Les sept commissaires gèrent leurs différends au niveau de l’ODVA. Le ministre Thomas Jacques a révoqué Lionel Valbrun quand il était directeur général. Il y a un conflit entre les deux. Le secrétariat technique de la direction générale a réalisé une évaluation et impute à Kénel Francisque la responsabilité des fonds qui manquent. Donc, le courant ne passera jamais entre Kénel Francisque et l’actuel directeur de l’ODVA, Franco Jean-Pierre. Comme directeur général, Willy Jean-Baptiste a quitté l’institution en catastrophe. On ne peut pas demander à ceux qui ont eu des problèmes dans l’ODVA de venir résoudre ces problèmes », déplore-t-il.

Sur la situation du grand Sud et la dégradation du Parc Macaya, William Michel croit que le président doit inscrire ses interventions dans une logique institutionnelle. Il suggère à Jovenel Moïse de déclarer l’état d’urgence et de définir les actions stratégiques via les projets de développement rural intégré qui dispose d’un budget autonome. « Déclarer l’état d’urgence est le seul moyen pour lui de trouver de l’argent. Cependant, il devra dire à tous ceux qui viennent l’aider qu’il ne faut pas qu’ils commettent les erreurs du passé et leur indiquer ses attentes. Il doit également résoudre les contentieux résultant des 197 millions de dollars de l’état d’urgence du gouvernement de Michelle D. Pierre Louis et de la mauvaise utilisation de l’argent de la reconstruction post-séisme », conseille-t-il.

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